Sylvopastoralisme en élevage : comment les producteur·trices utilisent les arbres pour bâtir des fermes résilientes

Source de la photo de couverture : Association Française d’Agroforesterie


Des producteur·trices du Canada et d’ailleurs démontrent que les arbres peuvent jouer un rôle clé dans les systèmes de pâturage. Le sylvopastoralisme en systèmes d’élevage — soit l’intégration intentionnelle des arbres aux paysages de pâturage — offre une approche régénératrice qui soutient l’autonomie alimentaire, le bien-être animal, la biodiversité et la viabilité à long terme des fermes.

Au printemps 2025, le groupe ProConseil et ses partenaires, dont Régénération Canada, ont organisé un atelier de réseautage consacré au sylvopastoralisme en systèmes d’élevage. Des producteur·trices, ainsi que des conseiller·ères, y ont partagé des exemples concrets montrant comment les arbres contribuent à la résilience des fermes, à la performance du bétail et à la biodiversité à la ferme.

Les faits saillants ci-dessous rassemblent des apprentissages tirés de fermes en France et au Québec.


Comment les arbres fourragers soutiennent l’élevage en période de sécheresse et de pénurie de fourrages

Adrien Messean, Aisne, France.

 

Photo : Les peupliers sont utilisés en zones humides. Par leur croissance rapide, ils sont une bonne source de fourrages ligneux. Source : Adrien Messean.

 À la ferme bovine d’Adrien Messean, les arbres et les arbustes fournissent un fourrage d’appoint à ses animaux. Avec le temps, il a aménagé plusieurs sources de fourrages ligneux sur sa terre, telles que des haies arbustives, des lisières de boisé, des terrains laissés en friche, des bosquets et des arbres isolés, ou encore des trognes de saules.

Les arbres y sont utilisés de manière stratégique pour :

  • Compenser le manque de fourrage herbacé en période de sécheresse
  • Maintenir la croissance des animaux
  • Préserver les réserves de fourrages secs
  • Assurer l’autonomie alimentaire sans dépendre d’intrants externes
  • S’adapter à des conditions climatiques défavorables

Chez lui, il y a plus de 25 espèces qui sont consommées spontanément par ses bovins et une trentaine d’autres espèces en fourrage complémentaire. Le peuplier, le saule et le frêne figurent parmi les espèces préférées. Les bovins peuvent manger des branches d’un diamètre allant jusqu’à 8 mm. 

L’objectif n’est pas de remplacer les systèmes basés sur les pâturages, mais plutôt de les utiliser pour améliorer le système de pâturage (penser notamment aux rotations).

 

Les défis liés à la gestion des arbres fourragers en pâturage

 

Malgré leurs nombreux avantages, les arbres fourragers posent certains défis de gestion, notamment :

  • L’accessibilité de cette biomasse fourragère
  • L’amélioration de l’appétence et de la valeur nutritive
  • L’optimisation de la disponibilité et de la consommation
  • Le maintien de la durabilité à long terme de la ressource

 

Il y a plusieurs façons de servir ce type de fourrage, allant du libre accès (contrôlé par un fil électrique) à des haies arbustives ou des arbustes servant de séparation entre des parcelles, en passant par la taille des branches basses ou encore la taille de trognes de saule.

En plus de l’apport en fourrages, les arbres remplissent de multiples fonctions à la ferme : ils procurent de l’ombre, coupent le vent, délimitent les parcelles, fournissent du bois de chauffage et produisent des copeaux pouvant servir de litière. Bref, les arbres offrent une diversité d’usages sur la ferme en plus d’améliorer la biodiversité et de servir de refuge à de nombreuses espèces animales, oiseaux et insectes.

La conférence a mis en lumière l’intérêt croissant pour les fourrages ligneux qui reviendront certainement dans nos actualités !

 

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter cet article complémentaire :
FiBL – Les arbres fourragers : une ressource supplémentaire de fourrage pour les animaux de rente. (Avril 2025).

 


Le sylvopastoralisme en pratique : un élevage laitier extérieur à l’année à la ferme Ticouapé

 

Jean-Marie Baril, St-Félicien, Québec.

En 2012, Jean-Marie Baril a profondément transformé son système laitier en mettant les vaches dehors à l’année. Au fil du temps, il a mis en place un système pensé pour soutenir la santé animale, une vie de famille active et la liberté de s’investir dans des activités diverses liées à son secteur de production.

 

Photo : Vue partielle de l’enclos d’hivernage ceinturé d’un brise-vent en bois additionné d’une haie d’arbres d’espèces variées. Source : Jean-Marie Baril.

 

Le troupeau compte aujourd’hui 140 têtes, dont 100 vaches en lait. Elles sont croisées Holstein, Jersey, Ayrshire et Suisse brune, pour plus de rusticité. Plus de 80 % des vaches vêlent au printemps. Les veaux sont allaités par des vaches nourrices et sevrés vers l’âge de huit mois. Tous les animaux sont élevés au pâturage. Les vaches atteignent en moyenne de six à sept lactations, avec un taux de réforme de seulement 15 %.

La ferme s’étend sur 1 050 hectares, dont un peu plus de la moitié est en culture. Le système alimentaire est entièrement « vert », soit 50 % en pâturage et 50 % en fourrages.

À la suite de cette transition intentionnelle, la production laitière est passée d’une moyenne de 10 000 kg à 3 500 kg par vache par année. La traite a lieu une fois par jour, pour une production d’environ 0,55 kg de gras par vache et un quota de 60 kg/jour.

Et oui — ce choix lui permet d’en vivre très confortablement, tout en atteignant un niveau de qualité de vie et de satisfaction personnelle rarement égalé.

En hiver, les vaches sont gardées et nourries dans un grand enclos protégé par un brise-vent de bois, renforcé par une haie brise-vent afin de protéger le troupeau du vent. Il alimente les vaches près des murs du brise-vent pour éviter l’accumulation de la neige et ajoute de la paille aux deux jours pour garder les vaches bien au sec.

Pour la portion pâturage, il entretient 40 km de clôture et 9 km de lignes d’eau. Et c’est aussi 35 km de haies arbustives qu’il faut tailler pour garder les arbres en santé et efficaces. Les abreuvoirs sont distancés entre 100 et 200 mètres l’un de l’autre pour fournir de l’eau en abondance. Il en résulte un système où les animaux vivent en symbiose avec leur environnement — un milieu où il fait véritablement bon vivre.

Lorsqu’on lui demande quel est son outil le plus utile, la réponse est simple : la chaudière. Dès qu’un problème survient, il s’assoit dessus pour réfléchir… et poursuivre l’évolution de son système, toujours en amélioration.

 


L’agroforesterie pour accroître la biodiversité dans les fermes laitières

 

La famille Gilles Potvin, Ferme Au Gré des Saisons, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec.

 

La Ferme Au Gré des Saisons, bien implantée au Saguenay Lac-St-Jean, possède une superficie cultivée de 106 hectares, dont 27 hectares en pâturages. Le troupeau compte 76 têtes, incluant 50 vaches en lactation, pour un quota détenu de 39 kg par jour. La traite est effectuée dans une salle de traite de type « step parlour » de six places. 

Sur cette entreprise, la famille est au cœur des décisions; l’objectif étant de créer de la richesse, de l’abondance et de nombreux souvenirs pour les tout-petits. Or, le bonheur doit aussi se retrouver dans les champs ! Les pâturages sont une passion mais les aménagements sans ombre ne sont pas optimaux pour le confort des animaux. C’est ce constat qui a mené, en 2016, au lancement d’un projet agroforestier visant à restructurer son système de pâturage.

 

Des haies pour l’ombre, l’habitat et la résilience

 

Le projet comprenait :

  • La plantation de 2 km de rangées d’arbres et d’arbustes pour offrir de l’ombre et un abri aux vaches
  • L’installation de nichoirs pour les oiseaux et d’hôtels à insectes pour soutenir la biodiversité

 

Photo : Les rangées d’arbres ont été plantées en orientation Nord-Sud pour protéger de la sécheresse par le vent en été et pour le couvert de neige en hiver. (Source : Gilles Potvin).

 

Une subvention du programme Prime-Vert pour des aménagements favorisant la biodiversité leur est accordée, ce qui vient grandement contribuer au financement du projet de près de 9 000 $.

Au final, 29 espèces d’arbres et d’arbustes seront plantées incluant des pommiers, pruniers, poiriers, argousiers et camerisiers dont les fruits régaleront la famille. 

La famille élargie et des citoyens de la ville de St-Félicien, à travers une activité de corvée, procureront les bras nécessaires à la plantation de près de 700 plants !

Du rêve de 2016 à aujourd’hui, la famille en retire beaucoup de bénéfices :

  • Récolte de framboises et camerises dès la première année
  • Augmentation de la présence d’oiseauxArrivée de petits oiseaux dans les arbustes et nichoirs
  • Facilité à embaucher et retenir la main-d’œuvre
  • Cueillette de fruits et de noix à différents moments de l’été
  • Moments de qualité en famille
  • Embellissement du terrain

 

Photo : Les arbres et arbustes en 2024 – des résultats bien visibles ! (Source: Gilles Potvin).

 

À l’avenir, la famille prévoit d’élargir sa bande riveraine afin d’y accueillir davantage d’espèces végétales et de favoriser la biodiversité. La perte de biodiversité est justement un sujet qui préoccupe les consommateurs. Selon Jean-Marie, les producteur·trices devraient se démarquer et innover dans cette voie.

« Est-ce que l’ajout de biodiversité sur nos entreprises pourrait charmer l’opinion des consommateurs ? Est-ce que le concept de biens et services environnementaux et écologiques serait une solution d’avenir ? » Voilà d’intéressants sujets de discussion…

 


Pourquoi le sylvopastoralisme gagne du terrain en agriculture régénératrice

 

À travers ces exemples, un constat s’impose : les arbres ne sont pas de simples éléments paysagers, mais bien des composantes fonctionnelles de systèmes agricoles résilients. Le sylvopastoralisme en systèmes d’élevage permet aux producteur·trices de :

  • S’adapter à la variabilité climatique et aux sécheresses
  • Améliorer le confort et le bien-être animal
  • Renforcer la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes
  • Soutenir l’autonomie, l’apprentissage et le bien-être des producteur·trices


Ces retombées s’inscrivent pleinement dans les objectifs de l’agriculture régénératrice au Canada : restaurer les écosystèmes tout en soutenant des moyens de subsistance viables grâce à l’innovation menée par les producteur·trices et au partage des connaissances.


📩 Envie de découvrir d’autres exemples de principes régénérateurs à l’œuvre sur des fermes canadiennes et les événements à venir ?

Abonnez-vous à notre infolettre pour suivre comment des pratiques régénératrices menées par les producteur·trices restaurent les écosystèmes et renforcent notre système alimentaire.